L’arbre à Karité : l’Essentiel à Connaître
Publié le 14 Février 2026 par Trésors d’Afrique
Avant d’être un beurre réputé dans le monde entier, le karité est avant tout un arbre aux usages multiples.
Présent exclusivement sur le continent africain, il nourrit, soigne, protège la peau et fait vivre des millions de personnes depuis des siècles. En plus d'être bénéfique pour l'environnement et la biodiversité.
Comprendre le beurre de karité commence donc par comprendre l’arbre dont il est issu.
L’identité de l’arbre à karité
Le karité, dont le nom scientifique est Vitellaria paradoxa (ou Butyrospermum parkii), appartient à la famille des Sapotaceae. Souvent surnommé l'« arbre à beurre », il est considéré comme un véritable arbre miracle tant il occupe une place centrale dans l’alimentation, les soins du corps et l’économie locale.
Et pour cause : toutes les parties de l’arbre sont utilisées. Toutefois, c’est le beurre extrait de ses amandes qui concentre aujourd’hui l’essentiel de sa valeur économique.
Peu de personne le savent, mais si le karité a été décrit et classifié par la science occidentale à partir du XVIIIᵉ siècle (notamment à travers les récits d’explorateurs comme Mungo Park) ses usages existaient bien avant cela. Les communautés locales connaissaient déjà ses propriétés, ses cycles, ses techniques de transformation.
Malheureusement, ces savoirs ont souvent été absents des récits officiels, alors même qu’ils constituaient le cœur vivant de la filière. Toutefois, Ibn Battûta décrivait déjà l’usage du beurre de karité au XIVe siècle, bien avant sa classification par l'occident.
Vitellaria paradoxa : Un arbre endémique d’Afrique
Tout d'abord, il est intéressant de savoir que karité pousse uniquement en Afrique, à l’état sauvage. On le trouve dans une large zone de savanes arborées que l’on appelle la « ceinture du karité ». Cette bande traverse le continent d’ouest en est sur plus de 5 000 kilomètres, du Sénégal jusqu’à l’Ouganda.
On le retrouve au Nigeria, aujourd’hui premier producteur mondial, mais aussi au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Togo. Cette implantation exclusivement africaine explique à la fois l’attachement culturel autour du karité et les enjeux économiques liés à sa production.
Pendant longtemps, ces paysages ont été préservés grâce aux pratiques agricoles locales. Mais c'est sans compter sur l'évolution de la situation. La déforestation, la recherche de nouvelles terres cultivables, l’utilisation du bois comme source d’énergie, l’extension de cultures intensives comme le coton et les effets du changement climatique fragilisent progressivement ces zones.
On observe aujourd’hui une diminution du nombre d’arbres adultes et une régénération naturelle plus lente. Ces signaux inquiètent, car l’avenir de la filière dépend directement de la capacité de ces parcs à se renouveler.
Les parcs à karité : une agroforesterie vivante
Autre information, l'arbre de karité ne pousse pas en plantations organisées. On le retrouve surtout dans ce que l’on appelle des « parcs à karité » : des champs cultivés où certains arbres, déjà présents à l’état sauvage, sont volontairement conservés lors du défrichage.
Les agriculteurs sélectionnent les arbres les plus productifs ou les mieux placés, puis laissent la régénération se faire naturellement à partir des fruits tombés au sol, à condition que les jeunes pousses soient protégées.
Le karité protège les sols, apporte de l’ombre et coexiste avec les cultures vivrières sans les remplacer. Il s’intègre dans l’organisation du champ au lieu de la perturber.
Un cycle de vie marqué par la patience
Le karité peut atteindre une quinzaine de mètres de hauteur et vivre deux à trois siècles. Mais il pousse lentement.
Il faut généralement attendre 15 à 20 ans avant la première floraison. L’arbre n’atteint sa pleine production qu’entre 50 et 100 ans. À maturité, un karité produit en moyenne 15 à 30 kilos de fruits par an, selon son âge et les conditions climatiques, ce qui permet d’obtenir environ 2 kilos de beurre.
Cette croissance lente explique pourquoi le karité n’a jamais été cultivé à grande échelle comme d’autres espèces fruitières. Lorsqu’un arbre adulte est coupé, il faut plusieurs décennies pour qu’un autre atteigne le même niveau de production.
Le karité : un puits de carbone à l’échelle des paysages
Les parcs à karité ne sont pas seulement des paysages agricoles. Ce sont aussi de véritables réservoirs de carbone naturels. Selon plusieurs études menées en Afrique de l’Ouest, ces systèmes agroforestiers peuvent stocker entre 80 et plus de 200 tonnes équivalent CO₂ par hectare, selon la densité des arbres et les types de sols.
Pour donner un ordre de grandeur : 200 tonnes de CO₂ correspondent environ aux émissions annuelles d’une centaine de voitures thermiques, ou à une vingtaine de tours du monde en avion pour un passager.
Or cette ceinture du karité s’étend sur plusieurs millions d’hectares à travers tout le continent africain. À cette échelle, le rôle climatique de ces paysages est considérable.
Et pourtant, cette valeur écologique reste absente de la rémunération des productrices. Elles sont payées pour les amandes et le beurre, pas pour les arbres qu’elles contribuent à préserver, ni pour le rôle climatique que ces paysages jouent bien au-delà de leurs territoires.
Lorsque ces parcs sont détruits pour le bois de chauffe, l’urbanisation ou à cause des feux de brousse, le carbone accumulé dans les arbres et les sols est progressivement relâché dans l’atmosphère. Un espace qui stockait devient alors une source d’émissions.
Un arbre aux usages multiples
Si le beurre de karité est la partie la plus connue, c'est bien chaque élément de l’arbre qui est valorisé dans les traditions africaines :
- Les coques et résidus d’amandes : après l’extraction du beurre, ils servent de combustible domestique. Ils peuvent être transformés en charbon ou utilisés comme amendement organique pour enrichir les sols. Réduites en poudre, les coques entrent aussi dans certaines préparations artisanales, comme les savons ou les gommages exfoliants.
- Les fleurs : de couleur jaune-vert, elles sont mellifères et participent à la production de miels de savane.
- Les feuilles : utilisées dans certaines pharmacopées locales, notamment pour les troubles digestifs ou certaines affections oculaires comme la conjonctivite.
- L’écorce : employée en décoction comme antitussif.
- Les racines : parfois utilisées pour soulager les douleurs d’estomac.
- La faune associée : certaines chenilles comestibles, comme Cirina butyrospermi, se développent sur le karité et sont consommées fraîches, séchées ou frites.
- Le fruit : décrit comme ayant des usages antidiarrhéiques ou antivenimeux. Mais au-delà de ces usages, son intérêt est avant tout nutritionnel.
Le fruit du karité : une source majeure de vitamine C
Fruit de karité mature - Crédit photo : Karen Rousseau
La pulpe verte du fruit de karité est souvent sous-estimée, en partie parce qu’elle reste peu connue en dehors des zones de production. Pourtant, elle représente plus de la moitié du fruit et offre une texture et une saveur proches de l’avocat, avec une note légèrement sucrée, parfois comparée à celle de la pêche.
Mais au-delà de son goût, c'est sa richesse en vitamine C qui est remarquable. Et pour cause, on y trouve en moyenne 196 mg pour 100 g, ce qui en fait une source particulièrement élevée. Concrètement, 50 g de pulpe permettent de couvrir environ 332 % des besoins quotidiens d’un enfant de 4 à 8 ans et près de 98 % de ceux d’une femme enceinte.
Également, pour 100 g, elle apporte environ 22 g de glucides, un peu plus de 5 g de protéines, une faible quantité de lipides ainsi qu'une forte teneur en eau.
Cette richesse prend tout son sens lorsque l’on considère le contexte environnant. Les fruits mûrissent au début de la saison des pluies, à un moment où les réserves alimentaires sont souvent réduites. Le fruit du karité devient alors un complément nutritionnel important pour de nombreuses familles.
Le beurre de karité : là où se concentre la valeur
Localement, tout dans le karité est utilisé. Mais sur les marchés internationaux, c’est le beurre qui concentre aujourd’hui l’essentiel de la valeur économique. C’est lui qui voyage, qui entre dans les formules cosmétiques, qui remplace le beurre de cacao dans l’industrie chocolatière. C’est lui qui génère l’essentiel de la valeur.
Cette évolution n’est pas anodine. À mesure que la demande mondiale a augmenté, la filière s’est structurée autour du beurre. Les autres usages de l’arbre sont passés au second plan, et l’équilibre traditionnel s’est déplacé vers une logique plus commerciale.
Transformer le fruit en matière grasse est donc devenu la priorité. Et cette étape repose principalement sur le travail des femmes. Ce sont leurs gestes, leur maîtrise qui déterminent la qualité finale du beurre.
Du fruit au beurre : un savoir-faire ancestral assuré exclusivement par des femmes
Le beurre de karité est la matière grasse extraite des amandes du fruit. Sa richesse en acides gras et en composés insaponifiables explique ses usages alimentaires, mais surtout cosmétiques exceptionnels.
Toutefois, la transformation traditionnelle du karité est un processus long et exigeant (en plus d'être éreintant), fondé sur un savoir-faire transmis de génération en génération :
- collecte des fruits mûrs tombés au sol
- dépulpage, les fruit sont mis à cuire afin de pouvoir retirer plus facilement les noix.
- Tri des noix et séchage au soleil
- décorticage pour extraire l’amande
- broyage, torréfaction et barattage avec de l’eau pour libérer la matière grasse
- Cuisson du beurre pour évacuer l’eau résiduelle et permettre aux impuretés (résidus de coque,…) de se déposer au fond
- Filtrage pour obtenir un beurre propre
Chaque étape influence la qualité finale du beurre. La maîtrise du temps de cuisson, du séchage ou du barattage fait toute la différence.
Une fois la matière grasse végétale extraite, elle est laissée à refroidir et à se stabiliser avant d’être conditionnée. Elle peut alors être utilisée localement, vendue sur les marchés ou préparée pour l’exportation.
Au passage, pour vraiment comprendre ce qui fait la qualité et les bienfaits du beurre, nous vous invitons à lire notre article détaillé sur la composition du beurre de karité non raffiné.
L’« or des femmes » : une réalité économique complexe
On parle souvent du karité comme de « l’or des femmes ». Ce n’est pas une image. En Afrique de l’Ouest, près de 16 millions de femmes vivent en partie de cette filière. Elles ramassent les fruits, les transportent, les transforment, barattent la pâte pendant des heures pour en extraire le beurre. C’est un travail physique, répétitif, exigeant.
Pour beaucoup, ces revenus permettent de payer la scolarité des enfants, les soins médicaux ou les dépenses du foyer. Le karité représente une autonomie concrète.
Mais derrière cette image valorisante, la réalité économique est plus déséquilibrée. La plus grande partie de la valeur se crée loin des villages, au moment de la transformation industrielle, de la formulation cosmétique et de la commercialisation internationale. Les femmes restent au début de la chaîne, là où le travail est le plus dur et le moins rémunéré.
Autrement dit, celles qui entretiennent les parcs, collectent les fruits et produisent le beurre brut ne captent qu’une fraction de la valeur finale.
C’est pour ces raisons que, chez Trésors d’Afrique, nous avons choisi de travailler directement avec une coopérative au Togo engagée dans la production de beurre de karité biologique, certifiée par Ecocert et inscrite dans une démarche de commerce équitable.
Au-delà du prix d’achat, une prime équitable de 10 % par kilo est versée pour financer des infrastructures : dortoirs, amélioration des conditions de travail, accès facilité aux sites de production. Bien souvent, les parcs sont éloignés des habitations et les trajets se font à pied, parfois sur de longues distances.
Vous comprendrez donc que valoriser ce trésors végétal sans reconnaître celles qui le produisent n’a pas de sens. Derrière chaque kilo exporté, il y a du temps, de l’effort et un savoir-faire transmis depuis des générations. Mais surtout, il y à un arbre dont on prend soin, et qui met des décennies à produire ses premiers fruits.
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Références
- Wardell, D.A., Elias, M., Zida, M., et al. (2021). « Shea (Vitellaria paradoxa C.F. Gaertn.) – a peripheral empire commodity in French West Africa, 1894–1960. » International Forestry Review. Disponible sur : https://cgspace.cgiar.org/server/api/core/bitstreams/2713ba83-e91b-4bac-a076-a9a73a715e62/content
- EBSCO Research Starters. « Mungo Park. » Disponible sur : https://www.ebsco.com/research-starters/history/mungo-park
- Park, M. (1799). « Travels in the Interior Districts of Africa. » Disponible sur : https://www.kaowarsom.be/documents/bbom/Tome_IV/Park.Mungo.pdf
- Alphonse, A.K., Diarrassouba, N., & Yao, S.D.M. (2020). « Carbon Sequestration Potential of Shea Trees (Vitellaria paradoxa C.F. Gaertn.) in Parklands under Two Soil Types (Ferralsol and Cambisol) in Northern Côte d’Ivoire. » International Journal of Sciences, 9(2), 14-23. Disponible sur : https://ideas.repec.org/a/adm/journl/v9y2020i2p14-23.html
- Honfo, G.F., Akissoe, N., Linnemann, A.R., Soumanou, M., & van Boekel, M.A.J.S. (2014). « Nutritional Composition of Shea Products and Chemical Properties of Shea Butter: A Review. » Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 54(5), 673-686. Disponible sur : https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10408398.2011.604142